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Les maitres venus du froid : une histoire de l’animation russe

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Vous avez, si vous fréquentez ce blog depuis quelques temps déjà, peut être vue cette animation de Youri Norstein, le hérisson qui était un premier aperçu de la richesse de l’animation russe. Celle ci reste très majoritairement ignorée en occident, animations européennes, mais surtout américaines ou japonaises ayant dominé l’une après l’autre sur nos écrans… et puis il faut bien avouer qu’à l’époque, ce qui pouvait venir de l’autre côté du rideau de fer et surtout de l’union soviétique n’était pas… en odeur de sainteté. A tort dans le cas de l’animation russe qui tant du point de vue des histoires comme des techniques était d’une qualité et d’une poésie rares.

Quelques films étaient diffusés parfois dans les années 1980 sur les chaînes la télévision publique française et quelques éditeurs ont depuis courageusement essayé de faire découvrir le travail d’une animation russe riche et à la longue histoire car celle ci ne fut pas que que russe mais englobait aussi les productions du Turkménistan, Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizistan. Cette animation ne fut donc pas que russe, mais soviétique.

Le premier animateur russe fut un premier danseur du ballet impérial russe, professeur et chorégraphe : Aleksandr Shiryayev. Entre 1906 and 1909 au travers des premiers modèles de marionnettes qu’il ne montra qu’à de rares personnes, jusqu’à ce qu’on redécouvre ses productions en 1995. Ce fut donc surtout le célèbre Ladislas Starevich ,d’origine polonaise (également connu sous le nom de Wladyslaw Starewicz), biologiste de formation, qui débuta son travail sur l’animation animation avec des insectes embaumé à des fins éducatives, et qui prit rapidement conscience des possibilités de son médium et devint l’un des maîtres incontestés de la stop motion. Ses premiers films qui datent de 1910, étaient des comédies sombres sur la vie de la famille de cafards et furent perçus comme si révolutionnaires qu’ils apportèrent à Starevich une décoration du tsar .Suivi en 1913 un film d’une quarantaine de minutes « La nuit avant noël » qui est le premier exemple connu d’animation en Stop Motion. (il est plus connue en France pour son œuvre l’horloge magique)

La révolution bolchevique ayant fait fuir Starevitch, il faudra donc attendre le milieu des années 20 et les besoins de la propagande polique pour que le pouvoir n’imagine financer des studios de films qui outre des courts métrages de propagande allaient faire de l’animation. Apparaissent alors des créateurs tels que Ivan Ivanov-Vano , Mikhail Tsekhanovsky ou Nikolay Khodatayev qui firent leur premiers films avec une liberté de ton mais aussi de moyens produisant dans l’euphorie avant gardiste du moment des œuvres pleine d’imagination et d’originalité : « Vano est sur la patinoire » d’Ivanov (1927), « Post » de Tsekhanovsky (1929) et « l’orgue de Barbarie » de Khodataev (1934).

Autre grand nom de cette époque, architecte mais ayant travaillé dans la mécanique, Alexandre Ptouchko qui inventa une machine à calculer qui a été en usage dans l’ Union soviétique jusqu’en 1970 qui rejoignit l’unité d’animation de marionnettes de Mosfilm et y trouva l’environnement idéal pour développer ses « ambitions mécaniques » et artistique. Il est ainsi le réalisateur du premier long métrage de film d’animation, Le Gulliver Nouveau (1935) qui mélange animation de marionnettes et personnages vivants. Sa verbosité et sa relecture idéologique un peu pesante n’empêchent pas ce films d’être est un chef-d’œuvre de l’animation, mettant en scènes de foule incroyable avec des centaines de figurants, très expressif avec l’utilisation de gros plans et une virtuosité de la caméra combinée à une excellente scénographie. Ptouchko devint ainsi le premier directeur du tout récent studio Soyuzdetmultfilm.

Voici quelques extraits de ce film dans un documentaire sur Ptouchko :

En 1934, Walt Disneyenvoya  une bobine de film avec quelques courts métrages de Mickey Mouse au Festival du Film de Moscou qui marqua animateurs… et officiels. Dés lors en 1935, le studio Soyuzdetmultfilm qui était encore un assemblage disparate se dédia entièrement à l’animation. L’époque de l’avant gardisme passée, et devenu un studio d’animation de premier plan de l’Union soviétique, sa production  de courts métrages d’animation et didactiques fut renforcée, mais l’esprit créatif passa au second plan. Il fallait avant tout produire…

Le parfait exemple de cette mutation est l’écolution du travail de Mikhail Tsekhanovsky . Un des exemples les plus alarmants de la transformation que non seulement les studios ont subi, mais aussi les artistes ont succombé à, est Mikhail Tsekhanovsky  : ayant trouvée dans l’animation le médium idéal pour affirmer son style et  sa vision artistique avec « Post », le passage au réalisme socialiste le contraint  a abandonner son style pour la tecnhique  « Eclair »: la rotoscopie (en occident). Beaucoup des pionniers quittèrent donc le milieu du cinéma pour d’autres médias dont la peinture.

Malgré quelques administrateurs comme les sœurs Zinaida et Valentina Brumberg avec des films comme Fédia Zaitsev (1948), Ivan Ivanov-Vano à 1954 de Moydodyr  ou Lev Atamanov avec La reine des neiges (1957, d’après le conte d’Andersen) il fallut attendre la déstalinisation pour qu’un renouveau culturel permette de faire apparaitre une nouvelle génération d’animateurs. Ce sera « Histoire d’un crime » de  Fiodor Khitruk qui marquera ce renouveau.

Son approche permit a une génération de cinéastes d’animation de développer leurs propres styles distinctifs dont Andrey Khrzhanovskiy , qui avec son surréaliste « L’harmonica de verre » (1968) fut censuré, mais encouragea nombre d’autres. Il faudra attendre les années 1970 pour que naisse un succès populaire : Nu, pogodi! (Attends un peu!), dirigée par Vyacheslav Kotyonochkin . Un loup chassant un lièvre caricaturant à la façon soviétique l’histoire doivent beaucoup de leur popularité aux sous titres intégrés dans le film.
L’animation de marionnette quand a elle, même si elle connu une relative éclipse, fut aussi le théatre d’une recherche esthétique qui nous donna le chef-d’œuvre Kurchevskiy, « Le Maître de Clamecy » (1972, d’après Romain Rolland et ce sera plus tard Stanislav Sokolov qui avec une approche complexe et de multiples effets spéciaux qui marquera son temps. Notons aussi Roman Kachanov qui outre de nombreux films pour enfants a base d’animation de marionnettes réalisa Varezhka (1967), et plus tard avec en animation traditionnelle – Le Mystère de la troisième planète (1981).

C’est aussi dans les années 70 que Yuriy Norshteyn réalise « le Hérisson dans le brouillard » (1975) et L’histoire des histoires (1979) qui démontrent non seulement une grande maîtrise technique mais aussi une poésie et de fait l’histoire des histoires a été élu meilleur film d’animation de tous les temps au cours du Festival olympique des arts à Los Angeles en 1984, et de nouveau en 2002. Malheureusement Norshteyn n’a pu depuis finir son œuvre suivante « le manteau » faute de financements. Avec d’autres animateurs il a depuis fondée une école et une studio appelés SHAR. Cette situation à touchée toute l’animation russe qui à dû se tourner vers la publicité pour continuer à faire tourner les studios. Un succès pourtant, « le vieil homme et la mer » (qui gagnera un oscar) d’Aleksandr Petrov démontre qu’avec une collaboration plus internationale l’animation russe est toujours capable de nous surprendre et de nous émouvoir.


Le vieil homme et la mer

Soyuzmultfilm fut pillé par des administrateurs corrompus qui ont vendus les droits dans le plus parfait mépris des animateurs… d’autres studios ont pris le relais mais beaucoup plus orientés vers les productions actuelles moins originales telles que le studio d’animation Melnitsa avec « le Prince Vladimir » , – le plus grand succès du film d’animation russe à ce jour. Parallèlement Soyuzmultfilm a établi un partenariat avec Mikhail Shemyakin et travaille sur Gofmaniada , un long métrage d’animation de marionnettes volontairement sans effets spéciaux informatisés… La crise économique de 2009-2010 à pourtant encore ralentit encore un peu plus la production et Disney n’a pas manqué de critiquer le soutien de l’Etat russe à ce secteur comme anti compétitif… Belle mentalité…

Concurrençant directement Pixar et Disney, un film en 3D est récement sortit : « Belka et Strelka, chiens des étoiles », Production à gros budget inspirée de l’histoire des premiers chiens cosmonautes à être revenus sains et saufs sur Terre.

Pour en savoir plus sur l’état de l’animation russe : ce très bon article (en anglais)

Enfin, elle n’est pas russe mais ukrainienne, ne découverte toute récente : Kseniya Simonova, née en 1985 a réalisé ce film d’animation sur sable. Et à gagné l’équivalent d’incroyable talent local (comme quoi d’un truc pourri peut parfois sortir quelque chose de bien).

Il existe sur internet beaucoup de vidéos d’animation russe que vous trouverez en cherchant un peu, en espérant que cet article vous aie donné envie d’en savoir plus.

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