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L’interview du mois : Christophe Bortels , Photo reporter

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Christophe Bortels, 29 ans, habitant quelques kilomètres au sud de Bruxelles est dans sa vie professionnelle photo reporter pour La Libre Belgique (« Mon client principal » ) mais fait aussi des photos pour un magazine d’équitation, L’équimag, et pour un magazine de VTT, Landscape

« En dehors de ça, certains magazines m’appellent de temps en temps pour acheter des photos que j’ai en archives. Et puis je fais aussi des photos pour des institutions, des entreprises et des particuliers ».

Voilà pour la présentation générale de celui qui a bien voulu le premier participer à l’interview du mois sur le Madblog, entrons maintenant dans le vif du sujet :

Comment es-tu venu à ce métier?
Totalement par hasard ! Je faisais des études de journalisme, et quand nous avions des reportages écrits à faire en exercice, il fallait aussi faire les photos. C’est là que j’ai commencé à toucher à la photo. Mais ça n’a pas été le coup de foudre immédiat, c’était juste une nécessité, une obligation. Ensuite, ma copine a terminé ses études un an avant moi et a commencé à travailler comme journaliste freelance. Elle devait là aussi réaliser les photos elle-même, mais en réalité c’est moi qui les faisait… Puis quand elle l’a « avoué » à sa rédaction, ils m’ont proposé de venir faire un stage photo chez eux. Après ce stage, j’ai continué à collaborer régulièrement, puis de fil en aiguille, je suis devenu photographe « à temps plein » et voilà…

A quoi ressemble une journée type pour toi?
Quand on est freelance, il n’y a pas de journée type, ça peut être rien du tout comme ça peut être une journée de 16 heures… Mais pour mon journal par exemple, ça peut être un portrait le matin, un reportage en début d’après-midi, des photos d’interview après et un concert en soirée. C’est chaque jour différent, et c’est ce qui fait le charme de ce métier.

Que signifie la photo pour toi aujourd’hui?
Elle remplit ma vie, elle me fatigue, elle me nourrit, elle me passionne…

Un travail et une passion, c’est compatible?
Oui, absolument, ce n’est pas du tout incompatible. Pour moi la photo c’était un travail avant d’être une passion, je n’ai pas fait les choses dans l’ordre habituel…
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Tu shootes beaucoup de concerts, qu’est ce qui te motive mais aussi te pèse en ce domaine?
Les concerts, c’est mon grand plaisir, c’est la cerise sur le gâteau. J’ai la chance de travailler pour un gros média, ce qui me permet de couvrir quasi tous les concerts que je veux. Au delà du plaisir de voir de grands artistes sur scène juste là devant soi, c’est la giclée d’adrénaline due aux contraintes de temps et de lumière qui me plaît beaucoup, c’est vraiment une sensation indescriptible. Ce qui me pèse par contre, c’est les conditions de travail parfois pénibles, quand on est 10 photographes dans un tout petit espace, ou quand on est à 40m de la scène, ou encore quand on ne peut photographier que pendant une chanson au lieu des trois habituelles. Ce n’est pas agréable pour nous, ça ne donne pas de bonnes images et au final tout le monde est perdant, y compris l’artiste…

Y a t il des sujets que tu refuses de couvrir, des personnes que tu refuses de photographier?
Refuser quelque chose, c’est dur quand on est freelance. Mais j’ai par exemple beaucoup de mal à faire dans le sensationnalisme ou dans le pathos. Et il y a des situations qui m’écœurent, comme quand une meute de journalistes et photographes suit et mitraille les familles de victimes pendant 5 minutes lors de leur arrivée à un procès. Mais c’est toujours un dilemme parce que je ne peux pas revenir bredouille. Alors j’essaie de prendre distance, de trouver un angle différent, insolite, quelque chose que les autres n’auront pas…

Le métier de photoreporter est pris en étau entre le photographe amateur qui veut se faire plaisir à publier et les médias traditionnels qui sont de moins en moins enclins à financer un reportage. Comment vois-tu ton avenir et plus largement comment un photoreporter va s’en sortir si ça continue en ce sens?
Je reste convaincu que les photographes pro ont encore un rôle à jouer, qu’ils peuvent encore apporter une plus-value au client. Et je pense que ça passe soit par l’hyper-polyvalence, ce qu’un journal attend de son photographe en général, soit par la spécialisation, qui permet de satisfaire des clients plus spécifiques. Mais il est évident que le numérique, la démocratisation du matos photo, les photographes « amateurs » qui sont prêts à donner leurs images juste pour le plaisir d’être publiés et tout ce que ça implique, ça fera des dégâts...

Puisqu’on parle du matériel, parle-nous un peu de tes choix en ce domaine.
J’ai à peu de choses près le matériel habituel du photographe de presse équipé en Canon, à savoir un 1D mark III, un 17-40 f4, un 70-200 2.8, un fisheye, un 300 2.8 IS et un convertisseur x1.4, ainsi que deux flashs et de quoi les déclencher à distance. J’aimerais souvent pouvoir voyager plus léger, mais c’est hélas le minimum pour pouvoir affronter la plupart des situations sans se sentir bridé par le matos.

Tu prends des vacances parfois ?  (je n’ai que rarement vu le monsieur en vacances)
C’est encore un dilemme, parce qu’en tant qu’indépendant je peux prendre des congés à peu près quand je veux, mais si je ne travaille pas c’est de l’argent en moins à la fin du mois… Résultat, je pars très rarement en vacances.

Y’a t il des moments « drôles » dans ton métier?
Vraiment drôles pas souvent, mais je me retrouve souvent dans des situations insolites.

Quelques anecdotes?
Récemment, je me suis retrouvé à parcourir les montagnes russes d’un parc d’attractions à pied à 7h du matin, ce qui n’est pas très agréable quand on a le vertige… Pareil quand il faut faire des photos en ULM, et qu’en plus le casque empêche de pouvoir mettre son œil dans le viseur. Sinon je n’oublierai jamais mon reportage dans un réacteur nucléaire, il fallait passer un nombre incroyable de portiques de sécurité, puis se déshabiller dans un vestiaire et enfiler des vêtements spéciaux, repasser des contrôles, etc. Au total, on a mis une heure avant de pouvoir commencer le reportage. Et il a évidemment fallu suivre le même rituel au retour… Il y a aussi des rencontres inoubliables, comme lorsque que j’ai demandé à l’auteur de polars Harlan Coben de sourire et qu’il m’a répondu très sérieusement et très froidement : « I never smile ».

La petite question de fin d’interview : En quoi tu veux te réincarner demain?
En rock star, pour voir les concerts sous un autre angle !

Vous pouvez retrouver les images de Christophe sur son site : http://www.christophebortels.net/ (ne soyez pas trop vert, c’est une sélection de ses meilleures images, il n’en fait pas QUE des comme ça)

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