Accueil cinéma Les OVNI du cinéma japonais : Tetsuo de Shinya Tsukamoto

Les OVNI du cinéma japonais : Tetsuo de Shinya Tsukamoto

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Le cinéma fantastique / horreur de ces dernières années ne s’est pas énormément renouvelé sur ses terres de naissance, américaines ou européennes, entre la tendance hostel/saw et des films qui jouent plus sur des ressorts psychologiques… Même Honk Kong et ses catégorie III (classification chinoise pour des films plutôt extrêmes, du cannibalisme au gore à tendance très déviante, qui a connu un réel succès dans les années 90/2000) se sont fait plutôt discrets… c’est finalement au Japon, terre d’élection de cinéastes bien déjantées qu’on retrouve (encore une fois) une créativité bien débridée…

Et parmi les premiers films totalement barrés, véritables ovni on commence  avec Tetsuo de Shinya Tsukamoto car il est le premier (parmi ceux que j’ai vus) à apporter un réelle nouveauté au genre et il reste aujourd’hui culte, il n’a rien perdu de sa fureur, de sa violence et de son impact visuel. Tetsuo m’a collée un baffe comme au premier jour.

Il faut dire qu’en 1988, à sa sortie, ce film en noir et blanc, tourné en 16mm, bruité, est à la fois le successeur des délires d’Eraserhead (film dont on peut plus le rapprocher) ou de la « nouvelle chair » de vidéodrome, est une  ode à la violence machinique , à l’hybridation entre un homme, que l’on imagine salary-man dans la banlieue tokyoïte et une machine… Après un accident d’automobile, un homme voit son corps muter en une sorte d’aimant ramassant tous les détritus métalliques de la société. Sexe, douleur, violence, n’étant que le nécessaire passage à une renaissance pour le personnage vers un nouvel état. Comme l’exprime très bien Dionnet dans la présentation du DVD, l’apocalypse s’est déjà produit, lentement, et nous vivons dans le jour d’après, devenir une machine n’est que l’étape suivante de l’acceptation. 

Visuellement on pense aux cinéma expressionniste des années 30, notament pour le côté ombre/lumière, mais les influences viennent aussi des expérimentations underground des années 7O, aussi bien que du gore ou du porno japonnais. La vitesse des images, le montage stroboscopique, tout participe pendant une heure de la descente aux enfers et la renaissance du personnage, anormal ou héraut de la nouvelle modernité, adulé par Tarantino et William Gibson, qui voient là le premier film cyberpunk, ou bien encore par Aronofsky qu’il a inspiré pour Pi. La naissance doit se faire dans la douleur, ressentir quelque chose, doit être violent, ultime, pour exister plus fort dans une société à qui il annonce son nouvel état…

Tetsuo créait un genre nouveau à sa sortie, et la maîtrise visuelle, même si elle semble chaotique de Shinya Tsukamoto, n’a pas perdu de son charme sauvage.

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