Accueil Interview du mois L’interview du mois : Carol Galand, rédactrice en chef de Shi-Zen

L’interview du mois : Carol Galand, rédactrice en chef de Shi-Zen

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J’ai choisi ce mois ci de vous proposer une interview un peu différente des précédentes, pour deux raisons principalement : parce que j’admire la personne qui a eu la gentillesse de me répondre , en l’occurrence Carol Galand, pour son engagement, pour sa force de caractère, mais aussi parce que j’ai eu l’occasion d’avoir une ou deux fois son mag entre les mains et que pour une fois j’ai eu le sentiment d’avoir une presse féminine qui ne prenne pas les femmes… pour des connes… excusez du mot, mais c’est mon sentiment.

Aujourd’hui ce magazine qui a fait le choix d’être différent (moi je dirais de faire mieux et plus éthique) a besoin de votre soutien, besoin qu’on fasse passer l’info, qu’on le découvre et le fasse découvrir. Mesdames, Mesdemoiselles, découvrez le, messieurs, offrez le à madame ou à votre chérie (votre sœur, votre maman, votre collègue…) Il en vaut la peine !


Est ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Je suis journaliste de profession et lectrice déçue de presse féminine.  En tant que journaliste, je suis ébahie de voir ce que devient la presse aujourd’hui: rattrapés par le besoin de faire recette, les journaux deviennent trop souvent, purement et simplement, des supports de communication pour les annonceurs ! Preuve en est l’apparition, depuis quelques années, des “publi-reportages” : comment peut-on relier deux mots aussi antinomiques que « publicité » et « reportage » ?

Pour moi, il s’agit d’une véritable trahison du lecteur en quête d’information !
Les annonceurs, qui supportent le financement de la presse aujourd’hui, ont pris le pouvoir : non seulement les publicités occupent jusqu’à 40% des pages (surtout en presse féminine), mais les annonceurs s’insèrent dans la partie qui reste : en reprenant les éléments de maquette des magazines pour tromper le lecteur à travers les « publi-reportages », mais aussi en exigeant que leur nom soit placé un certain nombre de fois dans ce qu’il reste d’articles non promotionnels dans le magazine…

Ne parlons même pas de la presse féminine en particulier : alors que la société est en pleine mutation depuis 20 ans, notamment avec la révolution internet (aujourd’hui n’importe qui peut trouver les informations qu’il recherche sur le net, et exige donc que la presse lui apporte une valeur ajoutée), la presse féminine sert aux lectrices exactement les mêmes inepties que dans les années 80… Il suffit de comparer une couverture de Elle de 1983 et une couverture de Biba de cet été pour confirmer : spécial sexe, spécial beauté, « comment avoir un cul d’enfer ? », « qu’est-ce qui plaît vraiment aux hommes ? », « J’ai déjeuné avec Paris Hilton », « Les astres sont avec vous »… Au regard de certains appels de Une, on comprend pourquoi la presse va mal ! Alors que nous sommes aujourd’hui des citoyennes informées, sensibilisées aux enjeux de demain, de plus en plus mobilisées sur des grandes causes, on nous propose encore et toujours une image de la femme totalement réductrice, avilissante et passéiste…

Toutes ces réflexions m’ont amené à créer Shi-zen (« nature », en japonais), un magazine féminin 100% éthique et pas toc. Dès le départ, l’idée de ce magazine a suscité l’enthousiasme d’un certain nombre de journalistes, photographes, illustrateurs, stylistes etc. qui ont rejoint l’équipe des 5 associés fondateurs du magazine. Shi-zen a également enthousiasmé les internautes : plus de 12.000 personnes ont répondu au questionnaire de lancement… Toutes sans exception en avaient marre des couloirs de pub, des jeunettes qui font la gueule dans des vêtements hors de prix, et des pubs qui font maigrir et bronzer en même temps… Toutes désespéraient de voir émerger une presse féminine plus vivante et plus proches d’elles !

Voilà comment je suis devenue directrice de la publication de Shi-zen… Une aventure incroyable !

Peux tu nous présenter Shi-Zen, en quoi diffère t il de la presse féminine « habituelle » ?

Shi-zen est d’abord un magazine qui informe de façon positive : il commence d’ailleurs par les bonnes nouvelles du mois ! Il publie des grands dossiers liés à l’actualité, en proposant systématiquement des moyens d’en savoir plus et d’agir à son niveau. C’est un magazine qui prend en compte le développement durable au sens large, dans sa ligne éditoriale comme dans sa production : nous sommes donc loin des magazines féminins qui surfent sur la mode du vert en proposant quelques produits bios, dans une rubrique, directement suivie d’une publicité pour un 4×4. Shi-zen n’est pas un magazine militant, mais tout simplement un magazine qui assume sa cohérence, tout en gardant une légèreté et un humour qui est devenu sa marque de fabrication au fil des numéros.

Shi-zen assume totalement sa part de féminité !
Il comporte, comme il se doit, une rubrique Mode et une rubrique Beauté, et même une rubrique Cuisine, un test et un horoscope… mais à chaque fois, totalement revisités ! Les shootings de mode ? Ils présentent exclusivement des créateurs éthiques, qui respectent l’environnement et les hommes dans leurs processus de fabrication. Ils mettent en scène des femmes de tous âges, de toutes morphologies, de toutes couleurs et de tous poils (pourquoi les minettes de 17 ans anorexiques et boudeuses auraient-elles le monopole de la beauté, hein ? :-)) !
La rubrique Beauté ?
Elle apporte des informations sur ce que contiennent nos cosmétiques, sur la manière dont on peut faire soi-même ses choix de façon éclairée au milieu de la jungle du green-washing. Elle fait découvrir des produits naturels, des astuces, des adresses… Le test ? Il est volontairement décalé, il s’appelle même « le test débile » ! Et puis Shi-zen propose aussi une rubrique Voyages, mais pas de celles qui invitent à « faire » la Mauritanie en allant boire du champagne dans le spa d’un hôtel 4 étoiles. Shi-zen parle du pays, de ses habitants, des gestes à éviter pour ne pas les choquer, des bricoles à emporter dans ses bagages pour faire plaisir à ses hôtes… Des informations pour aller à la rencontre de l’autre dans les meilleures conditions !

Que t’as apportée cette expérience avec Shi Zen ?

Quoi de plus extraordinaire, de plus valorisant que de faire le métier qu’on aime, comme on l’aime ?
Quoi de plus excitant que de mettre en pratique ses convictions ?
Eh bien oui, il y a bien quelque chose de plus génial que tout ça : les rencontres que l’on peut faire en imaginant ce genre de projet. J’ai rencontré des centaines de personnes incroyables, motivées, altruistes, passionnées… Des anonymes qui s’engagent au quotidien, qui croient en leurs idées. Et j’ai aussi et surtout rencontré des dizaines de professionnels talentueux, avec qui on a formé une équipe formidable… L’émulation intellectuelle, c’est quelque chose d’irremplaçable !

Y a t il une anecdote, une rencontre particulièrement forte ou marquante qui s’est fait au travers/grâce au magazine ?

Difficile d’isoler une rencontre en particulier. Toutes ont été particulières, justement ! Toutes les personnes qu’on trouve dans le « c’est qui ? », en fin de magazine, ont apporté leur pierre à l’édifice et participent à cette énergie positive qu’on ne peut manquer de percevoir à la lecture de Shi-zen…

Quelles sont les difficultés de lancer un mag comme shi zen aujourd’hui ?

On a beau avoir une belle idée, des personnes qualifiées et talentueuses pour la réaliser, des lecteurs enthousiastes pour la soutenir, des solutions astucieuses pour la faire vivre (nous avons mis en place un mode de distribution « alternatif », dans des points de vente partenaires), la réalité est telle qu’il est difficile de monter un projet tel que celui-ci sans un capital de départ conséquent… On a lancé Shi-zen sur nos fonds propres, un capital de 11.000 euros que nous avons transformé en 11 numéros sonnants et trébuchants, en soi c’est déjà un exploit ! Mais comme je le disais tout à l’heure, le système sur lequel repose la presse aujourd’hui, c’est celui d’un financement par les annonceurs. Et quand on a une certaine éthique, une certaine exigence par rapport aux annonceurs, une certaine volonté d’indépendance, on peut difficilement rentrer dans ce système !

Si demain tu devais recommencer cette aventure, que changerais-tu ?

Rien… Aujourd’hui, je me dis que nous avons peut-être été trop « puristes », nous avons par exemple refusé de faire appel à une agence de pub, et cela nous a sans doute desservi… Mais en même temps nous avons gardé notre âme ! Notre pari et notre ambition : proposer un système de presse alternative qui fonctionne, et qui ne se baserait plus sur la publicité mais sur le lectorat ! Aujourd’hui, la presse est quasiment exclusivement financée par la publicité ? Nous souhaitons que Shi-zen soit quasiment exclusivement financée par nos lecteurs ! Ce n’est pas un pari irréalisable : nous avons évalué qu’avec 10.000 abonnés, Shi-zen pourrait se contenter de quelques pages de pub.

Que peut t on faire aujourd’hui pour aider Shi Zen ?

Nous proposons à nos lecteurs d’acheter des packs de nos anciens numéros. Nous leur proposons également de nous soutenir en s’inscrivant sur une liste de futurs abonnés, pour le cas où le magazine reprendrait : si nous parvenons à réunir suffisamment de personnes, nous aurons, tous ensemble, réussi notre pari de faire vivre une presse éthique, libre et indépendante !

Le lien vers le billet de blog qui explique les différentes solutions de soutien

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