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Le cinéma de science fiction turc… un truc de geek?

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Dans l’imaginaire geekien, le truc extrême façon cahiers du cinéma du geek, c’est le cinéma de science fiction turc. Enfin.. cinéma… entre des repompages éhontés montés n’importe comment et des nanars qui transcendent, subliment même le terme de nanar le cinéma de science fiction turc est le royaume improbable, l’étrange orient geek.

Pour le reste de la population c’est une menace à la santé mentale publique ou bien un des ces trucs extrêmes dont on menace les enfants qui ne veulent pas finir leur repas… si t’es pas sage, je te mets turkish exorcist à la télé… Turkish exorcist… car on à une série de succès planétaires revus façon turque. Dont l’inénarrable turkish star wars…
Mais je vais un peu vite… comment trouver une explication cohérente à l’existence d’un cinéma aussi foutraque, ennemi enragé du copyright, difficilement surmontable pour le cinéphile le plus endurci…

Le cinéma de SF Turc, et plus généralement le nanar turc nous est parvenu grâce au téléchargement et le choc est énorme… Entre les années 50 et 80, c’est pas moins de 300 films par an en moyenne qui sont tournés, le plus souvent sans le sou, montés de façon épileptique, pompant sans vergogne les thèmes, les musiques voire même des scènes entières de grands succès américains. Un mélange étrange de nationalisme, d’érotisme bon enfant et d’ultra-violence gore. Tout cela à une explication… historique et politique :
L’émergence de l’industrie cinématographique turque ne survient qu’après la seconde guerre mondiale et propose une production de qualité malgré une censure étatique très présente… c’est pourtant cette censure qui va permettre le développement d’une industrie du cinéma populaire très active.

En effet, soucieux de contrôler cet outil culturel de masse, l’état turc va tout à la fois financer activement son cinéma et filtrer à l’excès les productions étrangères. Cela génère un vrai marché « captif » dont vont bénéficier pléthore de cinéastes locaux qui ne s’éloignent pas trop de la ligne du parti (kemaliste) : une pincée de nationalisme, un soupçon de religion, des bons triomphant des méchants…

Si on commence par du cinéma bon enfant, on passe assez vite, inspiré par ce qui se fait à Rome, Bombay ou Hong Kong au polar, au film d’aventures historiques, au western mais aussi au cinéma fantastique ou de science fiction. Dans chaque genre, le cinéma populaire turc va rendre les choses… différentes. Toute notion de copyright est oubliée et les réalisateurs locaux piochent allégrement dans les succès étrangers. On pompera ainsi des James Bond pour des scènes d’un polar.

On atteint un sommet avec « Dünyayi Kurtaran Adam » (« Turkish Star Wars »), qui mixe des extraits de Star Wars sur la musique des « Aventuriers de l’arche perdu »… et l’histoire n’a rien à voir avec celle de Lucas. On commence par une remontage avec casque de vélo sur tabouret et en fond la bataille finale de Star Wars… nos deux héros pilotent euh… on ne saura jamais quoi mais finissent néanmoins par se retrouver sur une planète hostile (on ne sait pas pourquoi, peut être une panne d’essence) où ils devront affronter bon nombre de bestioles rouges et oranges, ainsi que d’autres créatures, mention spéciale aux momies couvertes de papier de toilette et aux hommes portant des masques. Dépassés par le nombre ils… frappent sur de la pierre (si fort qu’elles explosent en frappant leurs cibles !) et sautent sur un trampoline hors-champ… leur entrainement fini, ils retourneront affronter les mêmes bestioles qu’ils ont déjà battues plus tôt, mais cette fois-ci en leur arrachant les membres et leur coupant la tête à coups de savates avant la bataille finale contre le chef ennemi….

Ne parlons pas des héros de comics américains (Batman, Spiderman, Captain America, même Santo) qui connaissent des déclinaisons disons folkloriques. Si on ne pompe pas toujours que quelques scènes c’est qu’on peut pomper carrément le film comme ce sera le cas pour « Le magicien d’Oz » ou « E.T. »… Bien évidement tous ces films sont faits avec des budgets ridicules, des effets spéciaux plus spéciaux que faisant effet, on est littéralement dans le carton avec pléthore de figurants tous fagotés plus bizarrement les uns que les autres…

Au delà du budget de la repompe, une autre constante du cinéma de SF turque… c’est le côté frénétique : plans ultra courts, faux raccords en pagaille, foultitude de sauts sur trampoline (ceux des super héros)… Le résultat est éprouvant et marrant à la fois, c’est l’une des difficultés qui limitent le succès de ces nanars. La violence omniprésente n’aide pas beaucoup… et dans des films comme Astronot Fehmi, c’est un mélange assez barré d’érotisme et de burlesque, ça reste bon enfant mais c’est tout de même assez unique.

Il y’ a de l’humour donc dont l’acteur Sadri Alisik sera l’incarnation. Surtout connu sous le nom de nom de son personnage Turist Ömer, il sera même embarqué sur un vaisseau spatial. dans l’étonnant « Turist Ömer Uzay Yolunda » alias « Turkish Star Trek » qui copie devinez quelle série?

La star toute catégorie reste Cüneyt Arkin, le « Alain Delon turc », personnage centrale de « Turkish Star Wars » mais qui joua aussi les Captain America dans « 3 Dev Adam »… voir… les avatars de Conan le barbare… Sa participation à 3 DEV ADAM aka Three Mighty men aka Captain America and Santo vs. Spider-Man de 1973 est un sommet de confusion…
Le méchant Spiderman est prêt à tuer, même de jolies femmes à coup de moteur hors-bord, pour compléter sa collection de statuettes. L’inspecteur local ne fait ni une, ni deux et appelle Captain America et Santo à l’aide… mais attention Santo ne porte pas toujours son masque (vous allez me dire y’en a qui ont fait pareil avec Dredd) … Pire, Spiderman ne l’enlève que pour faire l’amour…. Bref celui ci vaut le détour pour son mélange des genres passant du gore au super héros, au burlesque, au polar…

Il participera aussi à SÜPERMEN DONÜYOR… resucée de Superman.
On commence avec un ciel noir constellé d’étoiles (des céréales?) et de planètes (des boules de sapin de noël). Tayfun Kent apprend qu’il est un enfant adopté, ce qui ne le surprend pas. Il a des supers pouvoirs qu’il utilise comme bon lui semble, regardant les dames au travers de leur vêtement par exemple… tout cela ne serait pas grave si un méchant n’avait inventée une machine à transformer tous les métaux en or, fonctionnant à la kryptonite. Par hasard, le père de l’équivalent de Lois Lane avait récupérée une météorite faite de kryptonite. Le méchant va donc kidnapper la journaliste pour que le papa donne la kryptonite, seul élément qui enlève tous ses pouvoirs à Superman !
Mélangez les musiques de Superman, de Cosmos 1999 et autres James Bond pour agrémenter les scènes d’action ramollies ou absurdes (Lois roule en voiture, quand un vilain ouvre le coffre et tire une balle dans un pneu pour la stopper)…

Il jouera aussi dans Cöl… le turkish jaws (les dents de la mer turque)…

Je vous parlerais une autre fois de KILINK, l’avatar turc du méchant façon « Diabolik » qui connu plusieurs déclinaisons cinématographiques.

Tout cela change dans les années 80 suite à un coup d’état militaire, le gouvernement turc serre la vis et le nombre de films commence à décroître. L’arrivée du magnétoscope et l’ouverture (un peu forcée par les américains) du marché aux productions étrangères va peu à peu tuer cette production locale… La conclusion de tout cela est que même si aujourd’hui ce cinéma commence a réapparaitre doucement sur les étals d’Istanbul sous forme ce VCD, il reste un truc à part, une curiosité que seul le geek, toujours en quête de sensations improbables et de références obscures saura supporter 80 minutes durant.

Le cinéma turc « professionnalisé » a tout de même produit deux euh… blockbusters… visibles par tous :
G.O.R.A. en 2004 :

Arif, marchand de tapis et arnaqueur de touriste se fait kidnapper par des extraterrestres. Son portable fonctionne encore, mais on refuse de l’entendre compter de nouvelles sornettes. Confiné sur la planète Gora, il ne pense qu’à s’évader, malgré l’apathie de ses co-détenus. Avec l’aide de Bob Marly Faruk, de l’androïde 216 et de la belle princesse Ceku, il commence à tout brasser sur cette planète. Sans parler de ce type qui apparaît, comme un personnage de Star Wars et qui lui annonce qu’il a la force !

Mélangez Star Wars, Matrix, le Cinquième Élément avec le budget conséquent et des effets spéciaux top niveau. Et ça donne un truc toujours aussi foutraque mais bien fait et totalement hilarant… Cem Yilmaz y tient pas moins de cinq rôles, en plus d’être le scénariste de cette comédie. A voir d’urgence !
Il a même une suite (AROG) dont je ne vous parlerais pas pour ne pas trahir l’histoire du premier… et qui vaut aussi le détour…

Enfin il y a Dunyayi Kurtaran Adamin Oglu ou turkish star wars 2

La Terre est encore en danger et a besoin de « L’Homme qui sauva le monde » (autre titre du film)…  Nous sommes en 2055, cela fait huit années lumières que le capitaine Kartal, fils de l’homme qui sauva le monde, est à la recherche de l’astronaute turc Gokmen, tombé dans un trou noir suite à l’agression d’un ennemi inconnu, lors de la première expédition turque dans l’espace.Malgré les rappels incessants de la NASA turque, le capitaine Kartal refuse d’abandonner sa recherche mais il ignore qu’un danger l’attend…Il se fait agresser par Zaldabar, un pirate de l’espace et s’égare sur une planète inconnue. Sur cette planète, Kartal apprend certaines vérités sur sa vie … UGA, vaincu par l’Homme qui sauva le monde, s’est vengé en kidnappant son fils, qu’il a élevé dans le mal et avec qui il planifie d’attaquer la Terre. Ce fils n’est autre que le pirate de l’espace Zaldabar, le frère jumeau de Kartal. Bien qu’il ait pris sa revanche, un mystère tracasse toujours Uga : Il ne comprend toujours pas comment l’Homme qui sauva le monde avait jadis réussi à s’envoler avec une technique étrange : chaussé avec des bidons d’huile…

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