Accueil cinéma 10 ans après le 11 septembre : Unthinkable

10 ans après le 11 septembre : Unthinkable

0 13615

Bizarrerie commerciale ou frilosité des gérants de salle, Unthinkable est sortit en direct to DVD mais jamais sur grand écran. 10 ans après les 11 septembre c’est de ce film de Gregor Jordan dont je souhaitais vous parler, parce que le cinéma n’avait encore jamais autant… présenté avec une telle aridité, simplicité et force les dilemmes moraux que ce genre de situation va générer…

Le synopsis est le cauchemar type des services de sécurité : Steven Arthur Youger, américain, ex delta force s’est convertit à l’Islam, a placé trois bombes nucléaires dans trois villes et le fait savoir par une video. Arrêté par l’armée Américaine, celui va être interrogé par l’agent Helen Brody, ainsi que par H, un mystérieux individu qui prétend pourvoir faire avouer Younger sur l’endroit ou se trouve ses bombes.

24 chrono avait choqué avec ses séquences de torture ou « d »interrogatoires coercitifs » et le cinéma s’était déjà emparé de ces questions. Mais ici Jordan explose littéralement le cadre du thriller et du huis clos insupportable avec une violence certes parfois extrême mais un réalisme, une honnêteté, une complexité qui envoie valser tous les discours dans un sens comme dans l’autre. Le manichéisme n’existe pas dans ce film ou chaque personnage se retrouve confronté à ses extrêmes, ou tout le monde manipule tout le monde, les convictions au fur à mesure d’un compte à rebours intenable… Tout le monde va en prendre pour son grade, sans distinction qu’il s’agisse des extremistes, de la société américaine, du pouvoir, des militaires, de ceux qui sont contre, ceux qui la subissent et ceux qui la pratiquent… la torture brouille tous les repaires et les questions au travers de chacun des trois personnages principaux (H – Samuel Jackson impressionnant en interrogateur, Brody – Carrie-Ann Moss en agent du FBI conscience morale et surtout Michael Sheen en terroriste manipulateur et victime de sévices dont le jeu à fleur de peau est peut être l’une des plus grosses performances du film.

Le réalisme met le spectateur dans une position extrêmement inconfortable, les questions incarnées par chacun des personnages et leur évolution psychologique nous renvoient à nos propres questionnements, mais ici impossible de rester dans une certitude quelconque… Le bourreau n’est pas un inhumain sans failles, c’est un père de famille aimant, le terroriste n’est pas juste une victime de la torture et un extrémiste mais lui aussi un père… Chacune des part d’ombre ou d’humanité de ces personnages nous rapprochent finalement de chacun d’entre eux et nous nous retrouvons donc dans une situation encore plus difficile… C’est l’une des grandes force du film : les personnages sont humains et complexes , il faut les accepter sans manichéisme… Un scénario et des personnages aboutis que les acteurs renforcent par leur impeccable interprétation.

Une claque au même titre que Requiem for a dream, qui envoie valser tout politiquement correcte, bousculant nos convictions sans ménagement mais sans cruauté…. 10 ans après le 11 septembre, les horreurs des attentats et la pratique de la torture par les service de renseignement, validé par un Etat qui vivait dans sa bulle, ce film nous met en face de la complexité des choix impossibles à faire, insupportables… Nous oblige à concevoir l’impensable… comme possible… et horrible.  Ce film, 10 ans après le 11 septembre nous met en face de ce que l’absence d’humanité peut entrainer de quelque côté que l’on soit…. La seule réponse qui puisse être pour moi restant celle des Norvégiens… plus d’humanité, plus de respect.

Petit ajout à ce post, cette série de photos du 11 septembre de l’un des plus grands potoreporters de guerre, James Natechewy, de guerre sur ce jour funeste :
http://lightbox.time.com/2011/09/07/revisiting-911-unpublished-photos-by-james-nachtwey/#1

NO COMMENTS

Leave a Reply