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Pourquoi faut il lire des mangas?

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Ceux qui ont déjà lu un article quasi similaire dans l’esprit sur les comics ne seront pas dépaysés, l’idée est de combattre cette image stéréotypée que l’on a du manga (bande dessinée japonaise, je ne parle pas d’animation) comme étant quelque chose d’encore plus… incongru que de lire des comics. Ce serait encore une fois passer à côté d’auteurs passionnants, avec un dessin et une façon de raconter des histoires qui leurs sont propre, ce serait nier la finesse et l’intelligence que l’on peut trouver dans ces livres dont certains sont plutôt d’ailleurs à recommander à un public adulte, de par leur violence (Nihei) ou leur complexité. Oui, complexité parce que tout ceux qui ont déjà lus certains tomes de ghost in the shell de Masamume Shirow savent combien en quelques pages le mangaka est capable de brasser de thèmes, de réflexions…

De plus aujourd’hui un nombre croissant de bons auteurs sont disponibles permettant à chacun de trouver celui dont le discours ou le graphisme lui est le plus proche. Ou son rythme : entre la lenteur mélancolique d’un Taniguchi et la fureur d’un Nihei, les univers de chaque auteur sont autant d’occasions de plonger dans des conceptions différentes de la SF aux chroniques sociales ou à l’introspection. Une richesse donc d’écriture, une finesse que les idées reçues nie en cantonnant le manga aux images stéréotypées d’une production de masse enfantine que la télévision, média décidément bien réducteur, utilise pour combler le vide de sa sélection.

Il y a des œuvres majeures et des œuvres mineures certes… Un 20th century boys ou les ghost in the shell, Blame ! ou MPD psycho sont des oeuvres fortes, aux thématiques tour à tour profondes, dérangeantes, multiples, les livres de Inio Asano ont une personnalité propre, une façon de raconter l’univers intime des personnages, unique. Contemplatif, lent, poétique,  Mushishi d’Yuki Urushibara allie la sensibilité de son auteur à une histoire mélant nature et fantastique, pour un résultat passionnant. Les oeuvres d’Osamu Tezuka sont tellement nombreuses que chacun trouvera celle qui correspond le mieux à ses goûts : science fiction, historique, philosophique, polar… Si on aime ce trait simple mais efficace. Chacun peut donc trouver  l’auteur qui lui correspond…

L’inventivité ou la construction même de certaines histoires méritent une attention aussi importante que celle d’un classique littéraire pour en comprendre les ressorts. Un passage de 20th century boys dans le tome 1 peut prendre une ampleur inattendue et compréhensible dans le tome 5 ou 8 par exemple, cette histoire en 22 tomes est à cet égard une construction impressionnante… et passionnante, et dans le même esprit on pourrait parler d’Akira.

Dire qu’il y a d’un côté la bande dessinée (sérieuse) et le manga (simpliste) d’un autre est une tentation forte chez ceux qui n’en ont jamais lu. Le dessin, la ligne claire européenne et le trait plus simple du manga (quoique plusieurs mangaka contredisent cette idée de simplicité) conduisent parfois à conditionner la vision que l’on a de cet art. Déjà que la bande dessinée n’a pas très bonne presse (des adultes qui lisent des bandes dessinées, pensez donc, c’est qu’ils n’ont pas suffisamment de maturité), pire encore s’agissant de comics… alors de mangas, le format est donc plus difficile à faire « respecter » comme étant un art de la même façon que le 9e art européen (plus « respectable » ou « adulte »). Il ne faut pas nier non plus qu’une partie de cette production parfois industrielle tire vers le bas mais comme dans chaque art, il y a des perles. Faites fi de toutes ces idées reçues, n’hésitez pas la prochaine fois que vous passez en librairie ou à la bibliothèque de votre quartier de vous aventurer jusqu’au rayon manga et feuilletez quelques pages de ces livres qui se lisent dans le sens contraire de la lecture occidentale, vous découvrirez toute la richesse d’une production dont nous ne connaissons pour l’heure (et malgré un réel progrès dans l’édition depuis quelques années) qu’une petite fraction.

Petite liste de mangas recommandés

Abara & Blame ! de Tsumotsu Nihei
Mushishi de Yuki Urushibara
Ghost in the shell / applessed / Orion de Masamume Shirow
Akira / Domû d’Otomo
Le champ de l’arc en ciel de Shigeru Mizuki
Kaos, l’histoire des trois Adolf, la femme insecte d’Osamu Tezuka
Nononba d’Inio Asano  (grand prix a Angoulème, excusez du peu)
20th century boys, Pluto d’Urasawa Naoki (& Osamu Tezuka pour Pluto qui est une reprise d’une histoire du maitre, mais extrapolée et modernisée)
Reset, manhole, dudes hunt de Tsutsui Tetsuya
Amer béton de Taiyō Matsumoto (numéro 5, une autre de ses œuvres est très bien mais très (trop?) barrée)
MPD psycho d’Eiji Otsuka
Quartier lointain, au temps de Botchan,  l’orme du caucase, l’homme qui marche… de Taniguchi

et j’en oublie sûrement quelques uns, mais voilà déjà de quoi commencer 😉

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