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Pluto de Naoki Urasawa, robots émouvants

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On pourrait dire que Pluto est l’histoire d’une obsession. A la fois celle de son auteur… et de celle de son personnage.

C’est à 4 ans que Naoki Urasawa découvre en  Tetsuwan Atomu : le robot le plus puissant du monde et Le Soleil artificiel deux histoires d’Astro, personnage phare de Tezuka qui le passionnent au point qu’il se met à dessiner, recopiant les personnages des ces histoires sur ses cahiers en les signant sous le nom du maître. Cette obsession d’enfant conduira une quarantaine d’années plus tard le mangaka à demander la permission au petit-fils de Tezuka de reprendre une histoire d’Astro à l’occasion de l’anniversaire fictif du personnage le 7 avril 2003. Celui ci est si impressionné par le discours du mangaka qu’il accepte finalement cette reprise, ayant toujours considérée que l’œuvre de son grand père devait vivre mais en respectant son travail.

La série sera publiée entre 2003 et 2009, en 8 tomes et connait un succès énorme. Il faut dire que Naoki Urasawa n’est pas un inconnu puisqu’il fut reconnu meilleur mangaka en 1982 et connu avec Yawara (un manga sur le judo) un énorme succès dès 1986 (30 millions de mangas vendus, une série tv animée à la suite). Deux autres énorme succès suivent… Monstrer en 1995 et 20th century boys en 2000. Ces deux derniers mangas sont eux aussi des succès  – planétaires – dû à une qualité évidente, ce sont surtout pour le 2e des must have. Mais revenons à Pluto… sa dernière œuvre en date publiée en France dont le 6e tome devrait bientôt sortir.

Si Astro est l’un des personnages centraux, il n’est pas le fondement de l’histoire. Dans une société où êtres humains et robots cohabitent, ceux ci devenant peu à peu plus proches des humains (ils vont à l’école, ont des métiers proches ou équivalents tels que secrétaires, ou chauffeurs de taxi) une série de meurtres qui touche les robots les plus puissants du monde mais aussi les fondateurs d’un code qui régule les relations humains – robots (leur interdisant notamment de tuer des humains) amène L’inspecteur Gesicht d’Europol à enquêter. Gesicht fait partie de ces robots les plus puissants, mais semble très humain. Il est affecté par des cauchemars, ressent une mélancolie persistante… bref, un robot qui a des sentiments, qui essaie de compendre ces crimes qui touchent des robots ou des humains vétérans de la 39e guerre d’Asie qui ont depuis celle ci trouvés une vie tournée vers des choses plus ‘humaines », la protection des forêts pour l’un, la musique ou une famille pour d’autres… Crimes qui ont tous pour trait commun d »avoir été commis par quelqu’un qui n’a laissé aucune trace mais qui a plantées des cornes dans le crâne ou la tête de ceux qu’il a tués.

Astro, s’il n’est qu’un personnage parallèle, aidant Gesicht est peut être le plus évolué et le plus proche des humains. Tous deux ont en commun des sentiments. La force de Naoki Urasawa est à la fois l’empathie que l’on ressent pour ses personnages, humains ou robot mais aussi de rendre réaliste leur souffrance, leurs sentiments. On pense invariablement aux personnages de Blade Runner qui semble  s’éveiller aux sentiments même si ceux ci ne font pas partie de leur programmation. C’est ici assez différent, les robots semblent capables ou souhaiter aimer. Pourtant l’un d’entre eux pourrait être un tueur… et un robot à déjà tués des humains… une fois… sans qu’on puisse comprendre d’où est venue la malfonction.

La qualité du dessin, mais surtout la force de l’histoire et les sentiments que l’on éprouve pour les personnages, font de ce manga une lecture à la fois émouvante, forte, intrigante… Le talent d’Urasawa s’exprime à nouveau au travers de la formidable humanité de ses personnages. Une histoire qui nous parle, qui nous touche. A découvrir. Absolument.

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