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Omni visibilis, un regard à double sens

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C’est un vrai petit tour de force que Lewis Trondheim et Matthieu Bonhomme ont réussi avec Omni visibilis déjà salué un peu partout, de façon méritée.
Le pitch est faussement simple :

Hervé est un employé de bureau sans histoire. Avec sa petite moustache ringarde et ses grosses lunettes cerclées, il mène une vie banale. Sa seule particularité est de  de ressentir une véritable aversion pour la saleté et pour tout ce qui touche aux microbes  à tel point qu’il doit se laver les mains plusieurs fois par jour. Une sorte de trouble obsessionnel compulsif en somme. Mais voilà qu’un matin, il se rend compte que le monde entier se met à voir ce qu’il voit, et entendre ce qu’il entend. Un véritable calvaire pour cet homme qui voit soudain sa vie prendre un tournant inattendu. Le voilà, scruté, observé et très vite il doit se résoudre à fuir, mais jusqu’où ?

Au delà de cette histoire simple en surface c’est une subtile critique d’une société voyeuriste tout autant qu’un drame que conte Trondheim, avec une touche d’émotion sincère.

Graphiquement Omni visibilis est l’association d’un trait clair, fin, très agréable à lire et d’un choix chromatique (de couleurs quoi) simplifié, blanc, noir et bleu qui outre la personnalité supplémentaire qu’il apporte à l’œuvre lui donne une profondeur supplémentaire en terme de volume. Les personnages sont réalistes sans qu’il soit nécessaire d’alourdir le trait, bien personnalisés avec parfois ces petits détails, petits défauts si humains, qui témoignent du soin apporté par le dessinateur à son (très bon) travail.

Le « héros » est plus ou moins finalement la « victime » de cette histoire, utilisé, poursuivi par des gens qui veulent profiter de son don étrange, l’enfermant dans une solitude paradoxale puisque s’il est seul, tout le monde partage tout le temps tout ce qu’il fait, voit, ressent…. Ce n’est pas la moindre des questions que pose cette histoire, car si tout le monde partage « la vie » du héros, personne ne partage au sens de la « charité » ou de la « sympathie » avec lui. La charge est d’autant plus violente, et sous les dehors plutôt humoristiques du livre, pointe un pessimisme profond : chacun est seul, d’autant plus au milieu des autres.

S’il se dévore littéralement ; l’action vous menant de case en case jusqu’à la fin du livre à un rythme soutenu, vous replongerez dans sa lecture plusieurs fois car comme toute bonne œuvre celle ci vous dévoilera au fur à mesure que vous y reviendrez de nouveaux sens, une profondeur supplémentaire.

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