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Litchi Hikari Club d’Usamaru Furuya : le grand guignol façon manga

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Litchi Hikari Club d’Usamaru Furuya est une œuvre plutôt extrême, surtout au vu de ce que les éditeurs français nous proposent généralement… même si les édition IMHO sont un peu plus aventureuse en ce domaine (publiant notamment  » Bambi  » – rien à voir avec Disney – ou les manga de Junko Mizuno. Usamaru Furuyama est un dessinateur prolifique aux styles multiples : » L’Âge de la déraison « ,  » Le Cercle du suicide « ,  » La Musique de Marie  » chez Casterman ou  » Tokyo Magnitude 8  » chez Panini.  Pour cette histoire, son trait est noir et détaillé, tout en restant froid dans sa composition, car l’histoire, adaptée d’une pièce de théâtre underground japonaise l’y incite.

A l’origine, le  » Litchi Hikari Club  » n’était qu’une bande de jeunes garçons qui se retrouvaient dans un lieu secret (une usine abandonnée) afin de jouer dans un monde imaginaire. Pourtant sous l’impulsion d’un de ses membres devenu leur chef, tout va virer au gore. Adepte de l’esthétique nazi, Zéra et sa bande vont commencer à malmener un camarade de classe dont le tort a été de s’approcher un peu trop de leur repère. Chacun va donner à son tour, son idée en matière de torture afin de se débarrasser de ce gêneur : lui brûler les yeux, lui couper la bite, effectuer des expériences en le congelant et le réanimant, le lyncher ou même le chatouiller à mort… Une adulte a vue la scène, leur professeur d’histoire. La jeune femme  capturée, attachée va subir à son tour la vindicte de ces collégiens et s’ils vont lui arracher ses vêtements ce n’est pas pour  se rincer l’œil mais pour se moquer, dénigrer ce corps d’adulte. Ils annoncent ainsi leur rejet de ce monde adulte qu’ils considèrent avec horreur et dégoût, les adultes étant pour eux des êtres vils, voir des sous êtres… Après le massacre de celle-ci le groupe s’attelle enfin au grand oeuvre imaginé par leur chef, la construction d’un humanoïde robot conçu notamment pour capturer de jolies jeunes filles. La particularité de cette machine est qu’elle fonctionne aux litchis rouges…. Si au début celle ci nécessite quelques perfectionnements (elle ramène ce qui ressemble à une fille mais ne sait pas « détecter » la beauté…) une ultime re programmation va lui faire ramener Kanon, la belle jeune fille qui va provoquer l’éclatement final. Une étrange histoire d’amour va en effet faire déraper leurs projets en même temps que les tensions dans le groupe vont s’exacerber jusqu’à la folie sanguinaire.

Le côté malsain et gore de l’histoire et des mutilations participe pleinement de la nature grand guignolesque de l’histoire, le graphisme renforce le sadisme qui émane des personnages, notamment leur Chef Zéra, le plus intelligent, mais aussi le plus paranoiaque d’entre eux… Le mélange entre la froideur du trait et la violence de l’histoire, le côté  profondément dérangeant des relations (sexuelles, amoureuses) entre les personnages font de cette œuvre un livre pour lecteur avertit. C’est outrancier et décadent, c’est malsain et graphiquement très recherché.. c’est un croisement entre le manga d’horreur et le théâtre de l’absurde qui donne à terme à ce livre son statut de chef d’œuvre barré. Car au delà de la violence visuelle et de la perversité des actes, c’est la folie voulue de ce huis clos qui apporte à tout cela une dimension supplémentaire. Le grand guignol n’est pas juste du gore, c’est une mise en scène de l’amour, la folie et la mort.

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