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Les fumetti, la bande dessinée à l’italienne

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Les fumetti, sont le format italien de bande dessinée ou plus simplement les bandes dessinées à l’italienne (rien à voir avec le format à l’italienne pour les graphistes). Étymologiquement, fumetti signifie « petites fumées », en référence à l’aspect des bulles servant à faire parler les personnages. Au delà des alpes, la bd se décline le plus souvent en fascicules de kiosques et non en albums cartonnés comme en France. Certains fumetti on passée cette barrière naturelle et vous en avez sûrement déjà vus en kiosque… sans le savoir.

Historiquement c’est  la mise en place la dictature mussolinienne en 1925-1926 qui va créer une école italienne de bande dessinée, suite à l’interdiction de publication des bandes dessinées américaines; mais autre conséquence cela  va faire migrer vers la France voisine quelques-uns des plus talentueux éditeurs italiens. Si les frères Offenstadt avaient littéralement inventé la bande dessinée populaire avec  les célèbres Pieds Nickelés (1908) au lendemain de la première guerre la concurrence des bandes dessinées américaines, introduites en France par le Hongrois Paul Winkler est forte :  Son coup de maître est le Journal de Mickey  (1934). Les héros de ces « comics »  : Tarzan, Le Fantôme du Bengale, Mandrake, Flash Gordon, Félix le Chat…  qui sont aujourd’hui pour la plupart passés dans la culture occidentale. En parallèle, les éditeurs italiens et surtout Cino Del Duca commence à investir le marché. Cino del Duca créa les Editions Mondiales en 1934, lança Hurrah! (1935), puis l’Aventureux (1936) qui mélangent héros américains et quelques créations latines. Le succès est immédiat : les ventes atteignent jusqu’à 270000 exemplaires par semaine.

Après la guerre,  deux auteurs dont le cinéaste Damiano Damiani inventent une bande dessinée d’un genre particulier pour le magazine Bolero : le roman-photo (pour les anglais le fumetti signifie d’ailleurs roman photo). Si les premiers sont édités par Domenico et Alceo Del Duca, c’est leur frère aîné, Cino qui va lancer en France un mensuel sur ce modèle, Nous Deux, qui remporte un tel succès qu’il devient hebdomadaire dès le numéro 5 et vendra jusqu’à 1.5 millions d’exemplaires par semaine.. D’abord « roman-dessiné », le roman-photo verra défiler toutes les stars de l’époque : de Johnny Hallyday à Gina Lollobrigida.
A la même époque ce sont des BD en noir et blanc, dans ces formats que les éducateurs qualifieront alors de « bandes dessinées de gare » que sortent de nouveaux fumetti: Blek le Roc, Zembla, Akim, Tex, le cow-boy justicier (décrite par le Guinness book des Records comme « la BD la plus longue du monde »), tous extrêmement populaires, publiées par la SAGE, Lug ou Mon Journal, dont le succès se prolonge jusqu’à aujourd’hui.A la fin des années 60, on évolue vers des œuvres plus « adultes » dont Diabolik dont je vous aie déjà parlé mais aussi,MisterX, et autres Satanik puis dans les années soixante-dix,  Demoniak, Messaline, Lucifera, et autres Jacula publiés par Elvifrance -(qui sera l’éditeur le plus souvent censuré en France, 532 titres censurés en 22 ans) qui connaitrons un réél succès.
L’érotisme de ces publications ouvre la voie à de nouveaux auteurs  Guido Crepax (Histoire d’O, Justine de Sade, Emmanuelle, …), Milo Manara (Le Déclic, Le Parfum de l’Invisible, La Métamorphose de Lucius…), Magnus (Roberto Raviola, dit) (Les 110 pilules) et récemment Paolo Eleuteri Serpieri (Druuna, …) dont les succès sont aujourd’hui parmi les plus importants de la bande dessinée. Pourtant la bande dessinée italienne ne se limite pas à ces genres « aventures et érotisme » : dés 1970, dans les pages de pif gadget apparaissent les premières planches de l’une des oeuvres majeures du 9e art, les aventures de Corto Maltese d’Hugo Pratt… Dans un style différent, quelques années plus tard, Liberatore et son Ranx Xerox, ouvrent une nouvelle voie, plus moderne et provocatrice.

Dans un style encore différent, Lorenzo Mattoti et ses peintures poétiques publie à son tour son Pinocchio ou bien encore Feux dans les années 90 qui reste l’une de ses créations que je préfère. Méconnue en tant que genre, plus connue au travers de quelques uns de ses auteurs phare, la bande dessinée à l’italienne est une partie intégrante quoique méconnue de notre culture. De l’invention des formats de gare à celui du roman photo jusqu’aux œuvres impressionnantes de ses grands maitres, elle est un autre pôle de la bande dessinée, différente de l’axe franco-belge.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur le roman photo : http://acoeuretacris.centerblog.net/6582412-annees-50-le-roman-photo-sentimental

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