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Le champ de l’arc en ciel d’Iano Asano

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Attention chef d’œuvre !
Déroutant, Le champ de l’arc en Ciel, très noir, mais empreint aussi d’une poésie et d’un espoir désespéré, ce manga d’Iano Asano n’est pas à mettre entre toutes les mains, il est recommandé à un public plutôt adulte. La confusion entre passé et présent, entre rêve et réalité demande à son lecteur une réelle attention, mais sa lecture n’en sera que meilleure, ce livre se lit d’une traite…

Déjà auteur (reconnu) d’ « un monde formidable » et « le quartier de la lumière », Inio Asano propose ici une histoire très sombre et plus complexe à appréhender, même si ce livre a été écrit en même temps que les deux autres œuvres pré citées…

« Alors que le nombre de papillon ne cesse d’augmenter en ville, la rumeur autour d’une mystérieuse bête cachée à l’intérieur du tunnel derrière l’école se répand rapidement parmi les élèves. Le corps de la mère d’Arié Kimura retrouvé devant cette galerie et les traces d’une présence humaine, semblent confirmer la légende. La fin du monde est-elle proche ? C’est en tout cas ce que semblent croire les enfants. Afin de calmer la colère de la bête, les élèves décident de faire un sacrifice : Arié Kimura, jugée à l’origine de la malédiction, est poussée au fond d’un puits relié au tunnel de Nijigahara…  » Voilà pour le pitch… Ce sont les destins croisés d’enfants victimes à différents niveaux d’une rumeur dont on suit les souvenirs traumatisants, devenus adultes les conséquences. Aller retours entre le passé et le présent, entre le rêve et la réalité, pas d’échapatoire cependant pour les personnages, la violence et l’horreur, psychologique et sociétale sont toujours présents.

A cet égard la citation dans le livre de la fable du rêve du papillon du philosophe Zhuangzi, père fondateur du Taoisme est symptomatique :  » Zhuangzi s’endormit un jour dans un jardin fleuri, et fit un rêve. Il rêva qu’il était un très beau papillon. Le papillon vola çà et là jusqu’à l’épuisement ; puis, il s’endormit à son tour. Le papillon fit un rêve aussi. Il rêva qu’il était Zhuangzi. À cet instant, Zhuangzi se réveilla. Il ne savait point s’il était, maintenant, le véritable Zhuangzi ou bien le Zhuangzi du rêve du papillon. Il ne savait pas non plus si c’était lui qui avait rêvé du papillon, ou le papillon qui avait rêvé de lui.. La présence et l’importance de ces papillons dans la folie grandissant qui parcourt l’histoire questionne le lecteur sur la réalité de ce qu’il lit. Est ce le cauchemar d’un des personnages, ou est ce une terrible réalité a laquelle le rêveur tente de survivre.

C’est aussi une critique sans concession d’une société japonaise dans laquelle les difficultés quotidiennes de cette jeunesse les pousse à des actes absolus. Jeunes comme adultes semblent tout autant abîmés : la jeune professeur pleine d’idéal, cache une jeune femme regrettant d’avoir aidé une jeune fille face à un violeur, au prix de l’un de ses yeux.

Chacun derrière son masque tente d’exister malgré l’angoisse omniprésente que la rumeur va précipiter. La grande force d’Asano est de retranscrire les émotions des personnages à la perfection :, peur, horreur, désespoir, vacuité… tout un panel d’émotion que ce jeune mangaka décidément très mature (28 ans) écrit et dessine parfaitement.

Profondeur psychologique, multiples niveaux de lecture, maitrise rare de l’histoire et du dessin, le puzzle d’Iano Asano ne cesse de nous surprendre, de nous émouvoir. Un manga lynchien dans une sens, où rien n’est jamais ce qu’il semble, et qui se relit avec délectation. Autant de qualités dans un seul livre, c’est particulièrement rare, on appelle ça un chef d’œuvre.

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