Accueil Bandes dessinées Le Capitaine écarlate d’Emmanuel Guibert et David B.

Le Capitaine écarlate d’Emmanuel Guibert et David B.

0 1786

Il y a des bd qu’on a longtemps pensé lire et puis pour des raisons… variées on a jamais eu l’occasion de le faire… Et le jour où on le fait on découvre un chef d’œuvre, un coup de cœur… Le capitaine écarlate fait partie de ces livres.

Commençons par le dessin, à la fois classieux, personnel,  et élégant..mélange de couleurs directes, d’aquarelle et des craie. Le résultat est d’une beauté envoûtante et d’une simplicité redoutable… Emmanuel Guibert a un talent époustouflant et dans ce livre c’est un talent de maitre qui s’exprime. Comme d’habitude avec David B., le scénario est tout simplement excellent, mélange de culture, d’imaginaire, d’émotion, toujours des niveaux multiples et un hommage magnifique à Marcel Schwob.

Si ce nom ne vous évoque certainement rien, il a pourtant vraiment existé : Schwob est un érudit, un rat de bibliothèque, mort à 38 ans, après une  vie totalement dédiée aux livres et à l’écriture. Son univers est peuplé des personnages imaginés par d’autres écrivains, de Villon à Jules Verne, une vie qu’il rêve d’une vie aventureuse comme dans les livres mais qui ne le sera jamais…. Cette vie, David B l’imagine pour Schwob, au travers de sa rencontre avec une bande de pirates à la tête coupée dirigés par un capitaine au masque doré et énigmatique, le tempestaire qui contrôle la météo, fait déferler sur Paris vagues et tempêtes…  Le mystérieux Capitaine Écarlate. Ce sont deux mondes qui se croisent, et qui s ‘opposent, autour d’une femme, autour d’un amour. Deux hommes l’un d’action l’autre de mots qui se battent pour une fille de joie au coeur sensible : Monelle. Entre ces deux là ce n’est pas que la femme mais le pouvoir, l’un par sa thaumaturgie, l’autre par ses mots qui se joue.

Quelque part entre le dix-neuvième et le vingtième siècles, au dessus d’un Paris mythologique, il naviguent dans un bateau volant, contre… l’ennui, la bourgeoisie, les gendarmes, la solitude…  Contre un monde auquel ils sont finalement étrangers. L’argot des pirates, l’onirisme du dessin, l’enquête à la fois fantastique et macabre, tout cela forme un univers où les niveaux de lectures sont multiples… Critique sociale envers une police qui est là pour protéger les riches, auquel s’oppose l’anarchisme du capitaine écarlate, jeu de pistes subtil qui apportent une richesse peu commune à une oeuvre de bande dessinée et place celle-ci parmi celles qui bouleversent, passionnent…

A la croisée d’une illustration début de siècle, d’un trait unique, d’un scénario d’une rare intelligence se trouve peut être le mystère qui donne à ce livre sa richesse sublime. Enfin, la collection Aire Libre avec sa postface sur la génèse de l’oeuvre et une superbe nouvelle de Schwob complète la collaboration de deux créateurs d’exception.

NO COMMENTS

Leave a Reply