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La semaine du comics indé us /3: Comme un gant de velours pris dans la fonte de Daniel Clowes

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Attention OVNI !
Peut être plus encore que les autres œuvres de bd indé us, cette œuvre est à mettre à part dans la production underground même si elle est plus reconnue aujourd’hui. A l’exception peut être des créations de  qui participent à l’univers très personnel de leur auteur (on est quasiment à la limite de la bd, tant dans les formats qu’il choisit que dans la structure narrative de ses histoires). L’auteur, plus connu pour son « Ghost World » qui connaitra la gloire cinématographique nous propose ici une histoire quasi labyrinthique.

l est des auteurs qui arrivent à nous emmener dans des endroits que l’on aurait cru impossible à imaginer. Si cette histoire commence avec une ambiance des plus bizarres et presque malsaine, on comprend assez vite qu’il y a en fait un schéma très précis à toute cette folie. Chacun des éléments de Comme Un Gant De Velours Pris Dans La Fonte est totalement surréaliste, et en même temps ils s’inscrivent tous dans ce qui n’est qu’une lecture possible du quotidien, mais une lecture d’un autre monde. L’impression qui se dégage de cet album magnifique, est que Daniel Clowes ne fait qu’habiller l’habituel et le commun, il n’a évidemment (et heureusement) pas les mêmes codes que des auteurs plus classiques (autant américain que français). Daniel Clowes rend la vie quotidienne décente en l’habillant de ces éléments parfois horribles, fous, et en utilisant des ficelles narratives insoupçonnées.

Tout commence dans un cinéma aux allures pornographiques,le héros ou plutôt l’anti héros de cette histoire y voit des films étranges, totalement surréalistes. Dans l’un d’eux, qui se nomme ” Like a velvet glove cast in iron ” (comme un gant de velours pris dans la fonte) il croit reconnaître sa femme, apparemment disparue. A partir de là, Clay va tout faire pour retrouver la trace du producteur du film et des acteurs…

Ce roman graphique aux allures de road movie à la David Lynch est comme un puzzle mental fait de rencontres improbables et de situations hallucinées. Passif, Clay va de situation en situation, de rencontres en découvertes sans contrôler jamais le fil d’une histoire improbable.
Chaque chapitre, chaque page presque est inattendu, le tout prenant une cohérence a posteriori. On est vraiment dans un univers proche de Lynch mais c’est bien celui de Daniel Clowes. Si « Ghost World » restait dans le cadre de la société américaine, on entre ici dans la 4e dimension, avec des personnages décalés ou glauques voir surnaturels, dont on ne sait pas précisement ce qu’ils sont, s’ils ne sont pas des émanations de l’esprit du personnage.

C’est l’écriture de Clowes qui fait tenir ce scenario debout tant les histoires qui s’entrecroisent dans ce livre sont nombreuses
Il faut noter combien le personnage principal (Clay) parle peu, on peut lire chacun des ses sentiments sur son visage (qui pourtant ne change que très peu d’expression), et on ne sait d’ailleurs pratiquement rien de lui. Il ne prend pratiquement aucune décision, il est complètement dirigé par un scénario totalement improbable, mais pourtant cohérent. Peut-être est-il l’image de chacun de nous, le plus souvent perdus dans des vies que nous ne reconnaissons plus mais que nous suivons néanmoins. Peut-être aussi que chacun des seconds rôles est une extension de Clay lui-même, les dialogues avec les autres personnages n’étant que des réflexions avec lui-même. On est presque dans quelque chose d’experimental, et la lecture doit être assidue, concentrée pour ne pas se perdre, mais la récompense est à la hauteur de l’effort.

On a le sentiment d’avoir lu quelque chose d’unique dans l’histoire de la bd, quelque chose d’à la fois intime et étranger à la fois. On comprend alors l’énorme talent de son auteur, dont le trait fin et précis rend tout cela d’autant plus fort.

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