Accueil Architecture Architecture et BD, la ville : décor ou personnage à part entière?

Architecture et BD, la ville : décor ou personnage à part entière?

Dans un certain nombre de bandes dessinées, quelles que soient leurs origines, la ville tient un rôle à part entière. Et au delà de la spécificité de l’œuvre de Schuiten Peeters chez qui la ville est quasiment le sujet le décor devient un élement fondamental pour ne pas dire fondateur de l’histoire. C’est particulièrement sensible dans les comics, pensez au Gotham de Batman qui est à la fois « source » de l’histoire (la ville conçue par les esprits « malades et opiomanes ») puisqu’elle est quasiment génératrice du crime et personnage de l’histoire (décor, mais aussi obsession du héros masqué), pensez à « la ville » dans métropolitain de Warren Ellis, dont le héros parle comme d’un corps vivant, ou bien encore aux villes de premières oeuvres d’Enki Bilal, la cité n’est pas qu’un cadre ou un territoire mais devient partie de l’histoire, partie du personnage central, Paris ou Sarajevo, ville ou mère…

La ville conçue comme envahissante, chez Moebius, s’oppose à celle Winsor Mc Kay dans « Little Némo », où la ville est terrain de jeu, terrain de rêve.
C’est dans les œuvres de science fiction, que ce soient des mangas ou des créations plus occidentales que la cité devient source d’angoisse, prison, enjeu (la cité pas si idéale de Appleseed de Masamune Shirow), bref c’est dans la SF que la ville dépasse son rôle de décor pour devenir plus franchement un intervenant non « caractériel », pas un personnage mais un élément clé participant à l’histoire, agissant au travers des limites qu’elle impose ou de ce qu’elle représente (la mega city one de Judge Dredd) comme témoignage de la folie de ceux qui la peuplent.

Il y a encore milles œuvres à citer qui gravitent autour de cette idée mais fondamentalement pourquoi la ville a t elle cette place si particulière dans ces univers?
Je serais tenté de vous répondre que dans une histoire graphique, le décor est le 2e élément le plus important (après le personnage) et que donc la ville a souvent un intérêt en ce qu’elle donne une atmosphère, qu’elle participe à l’histoire en temps que fond… mais cette réponse est en elle même trop limitée. La ville est rêvée ou crainte, car elle définit un espace, un temps, une vision. Le personnage agit « dans le cadre » de cette vision, et pour reprendre encore une fois l’image de Batman, il est en est à la fois l’enfant, l’antidote et le produit. Enfant de la ville car elle est « un produit Wayne », œuvre de la famille, il en est l’enfant parce qu’elle l’a fait avec sa violence et sa misère et il s’en veut l’antidote parce qu’il veut la transformer. Le héros de Transmetropolitan n’est pas si loin, mais lui voit la ville comme un être sensible…fou, déjanté, amnésique, mais un être social quand même.

Après bien sûr, il y a les cités obscures… où les personnages sont des éléments au service de la ville, ou l’architecture est l’esprit du lieu, la personnalité, ce qui place ce cycle tant à part dans la production graphique bdesque !

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